Testament : de la poésie glamour

Mise en scène d’Éric Jean
Adaptation d’Éric Jean et Sébastien David
(d’après le roman Testament de Vicky Gendreau)

crédit Yanick Macdonald
crédit Yanick Macdonald

Paillettes, fourrure et talons. Micro, néons et ballons. Musique, grand « stage » et « spotlight ». Tout est en place pour que Testament soit un véritable moment de gloire, du type « sex, drugs, and rock’n’roll », d’une façon bien personnelle et poétique. Un événement qui va péter, déranger, cracher, sauter, tourner, claquer, pour éviter le vide du réel et célébrer la vision rude d’une fiction intime : celle de Vickie Gendreau, auteure de Testament (2012) et morte l’an dernier d’une « tumeur en nuage », à l’âge de 23 ans.

L’idée originale de transposer cette oeuvre au théâtre vient d’Éric Jean, directeur artistique et général du Quat’sous et également metteur en scène. À son approche, Vickie lui aurait non seulement avoué son immense désir d’avoir fait de Testament une pièce plutôt qu’un roman, mais elle lui aurait en plus donné carte blanche pour son adaptation. C’était un pari audacieux, un peu risqué même, que de confier aussi généreusement ses derniers aveux publics, alors qu’elle ne savait pas si elle-même allait pouvoir y assister. C’était un pari qui devait défier la mort, en quelque sorte, en la transcendant grâce à une production posthume, mais qui allait défier du même coup la fidélité d’Éric Jean et de toute son équipe dans la réalisation du projet. Bref, un pari important et loin d’être évident.

L’équipe a misé pour cela sur l’originalité de l’oeuvre et la personnalité de son auteure en dévoilant leurs multiples facettes pour que toutes deux soient perçues à leur juste valeur. La pièce passe donc des excès du concert rock à la fragilité humaine de sa vedette, et du pole dancing à l’écriture. Une gamme diversifiée qui carbure à l’émotion, mais surtout à l’urgence. Urgence pour toute l’équipe de production de concrétiser un désir et de le faire avant la mort de sa créatrice initiale. Se précipiter à ce but commun, dans le vif des circonstances, était sans nul doute complexe et périlleux. L’attachement profond et le manque de recul laissent paraître quelques travers à la pièce, même s’ils apportent aussi une belle sensibilité et une belle solidarité aux interprètes sur le plateau. Eux dont la charge est de convier les spectateurs à cette fête malheureusement funèbre, à cet hommage théâtral à la mémoire d’une jeune femme et artiste particulièrement colorée, qui s’est fait taire alors qu’elle semblait avoir bien des choses à dire encore…

Présenté au Théâtre Quat’sous jusqu’au 30 mars.

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