Apocalypse me : quand se faire du mal est un art

Idée originale et écriture d’Alexa-Jeanne Dubé et Bruno Dufort
Mise en scène de Bruno Dufort

Crédits : Jean-Frédéric Bédard
Crédits : Jean-Frédéric Bédard

L’art de se faire du mal, c’est l’art de « tout briser pour ne pas avoir à vouloir ». Sur un échafaud aux néons aveuglant se tient une proie intrigante pour un public averti et accusateur. Une fille qui ne s’aime pas et qui ne veut pas être aimé parce qu’elle ne s’aime pas. Une fille qui défile toutes les bonnes et mauvaises raisons d’agir comme elle le fait, plantée agressivement devant des gens comme tous les autres, comme tous ceux auxquels elle ne veut pas ressembler. Elle s’exhibe. Elle exhibe sa douleur, son vide et ses contradictions devant tous, par habitude. Parce qu’elle a trouvé refuge dans une plaie ouverte sur le monde, parce que cette plaie est plus facile à entretenir que le bonheur qu’on lui renvoie sur un plateau glacial.

Il faut aimer un théâtre lent, où chaque mot conscientise le spectateur de son voyeurisme. Il faut aimer regarder un théâtre qui prend le temps de s’installer, qui occupe le silence, plutôt que celui qui cherche à bâtir une histoire et à divertir. Apocalypse me s’immisce en chaque corps et regard, lentement, très lentement, et avec un amour malsain d’autoréflexion. Il faut dire que les yeux de la comédienne, dans lequel le public se fait projeter, racontent un spectacle à eux seuls. Pas besoin de plus. Des mots, des phrases, par-ci par-là, question que le théâtre soit encore du théâtre malgré parfois sa mince ligne avec la performance. Une écriture raffinée, arrondie à certains endroits avec surprise et cruauté. Un ton poétique, déconstruit avec intelligence et qui atteint l’autre, qui lui fait du dommage, comme un partage secret du fardeau de chacun sur soi et de soi sur chacun. La scénographie donne pleinement sur la victimisation que se porte le bourreau. En plein centre de la salle, elle est ouverte sur les regards, qui ne peuvent qu’assister, à la fois puissants et impuissants, à la mise à mort d’une jeune femme en proie à l’image que lui renvoie l’amour et avec un décompte projeté par la voix de celle qui les guide dans cette véritable apocalypse du soi. Une œuvre brillamment souillée, qui ouvre la porte à un théâtre de réflexion ou à une réflexion sur le théâtre, comme il nous est rarement possible de voir. La forme très particulière, quoiqu’elle puisse paraître difficile d’accès, est savamment maitrisée par ces deux jeunes artistes professionnels qui en sont à leur première collaboration.

A été présenté samedi 27 juillet à La Maison de la Culture Maisonneuve, dans le cadre du Festival Zone Homa.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour haut de page