Cinq visages pour Camille Brunelle : Le nouveau « moi » social

Texte de Guillaume Corbeil

Mise en scène de Claude Poissant

Crédit photo : Maxime Leduc
Crédit photo : Maxime Leduc

Qui est Camille Brunelle ? Un peu tout le monde.

Plus concrètement ? J’ai eu l’impression d’assister à un spectacle d’une heure et quart sur le quotidien d’un café du mile-end… ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi ! C’est une fine représentation socioculturelle que Guillaume Corbeil amène avec Cinq visages pour Camille Brunelle.

Les mots sont simples, primaires, uniformes et il en va de même avec les situations. Par contre, ce qui fait toute la différence, c’est le style de l’auteur et son interprétation. Camille Brunelle est citée, par-ci, par-là, sans être trop importante, ni présente. N’est-ce pas le cas de tous les personnages (au nombre de cinq) de toute façon ? Si au départ, chacun tente de développer et d’afficher sa propre personnalité, se définissant par ce qu’ils aiment ou n’aiment pas, ils semblent pourtant tous s’uniformiser et s’attribuer un rôle qui n’est pas le leur. Ils s’affichent, comme c’est le cas de tous et chacun, aujourd’hui, avec les médias sociaux. Ils s’affichent ou plutôt, ils choisissent ce qu’ils affichent et l’exposent aux yeux de tous. Facebook, Twitter, blogue et compagnies, ne serait-ce pas des masques, des plateformes d’un « moi » meilleur, soigné et réfléchi ? Servant au profit d’une image personnelle  »parfaite », en exposant les traits de personnalité désirés, les activités intéressantes, les goûts particuliers et même les drames… pour se faire prendre en pitié ? Tout est possible. C’est bien là aussi que l’humour de l’auteur refait surface, avec son goût particulièrement développé pour le plaisir du drame quand il n’y en a pas vraiment. Juste pour l’attention. Ce qui, dans ce cas-ci (5 visages pour une génération du « moi »), devient particulièrement hilarant !

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Les acteurs (Julie Carrier-Prévost, Laurence Dauphinais, Francis Ducharme, Mickaël Gouin et Ève Pressault) semblaient tous sur la même longueur d’onde, se partageant une scène qu’ils auraient préféré pour eux-mêmes. Les liens entres eux sont clairs : il n’y en a pas. Ils sont tous amis, sans pourtant se soucier véritablement de l’autre. À moins que ce ne soit pour s’avantager soi-même, éventuellement. Des images (clairement issues de téléphones mobiles lors de soirées) sont projetées sur un large écran à l’arrière-scène, pour soutenir un texte centré autour des médias sociaux et de la réalité de l’époque dans laquelle on vit en ce moment même, à chaque instant, tout le temps… Là, là! Le duo Corbeil-Poissant est particulièrement réussi, malgré une certaine redondance vers la fin, plutôt bien rattrapée par la mise en scène rythmée.

 Une production du Théâtre PàP, logé à L’Espace Go et présenté jusqu’au 23 mars.

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