Témoignage d’une hyperphagique

«Je me rappelle de ma première crise d’hyperphagie,  j’avais 7 ans. C’est un souvenir très vif dans ma mémoire.»

D’abord, l’hyperphagie boulimique c’est quoi ? Parlons-en. C’est le temps, en cette semaine de prévention des troubles alimentaires.

En se rendant sur le site de l’ANEB, on lit que l’hyperphagie boulimique se caractérise par des épisodes de compulsion alimentaire vécus dans la culpabilité et la honte, sans comportements compensatoires. L’obsession de la nourriture, les régimes amaigrissants et la dépression sont associés à ce syndrome. 40 % des hyperphagiques sont des hommes. Ce trouble débute généralement vers 23 ans.

J’ai compris cette semaine avec mes lectures sur que l’hyperphagie boulimique est reconnue comme un trouble alimentaire, mais on oublie souvent son existence. C’est relativement nouveau que l’on reconnaisse cette problématique et il en est de même pour les soins.

C’est aussi l’avis de Kate, qui a commencé à chercher de l’aide à l’âge de 23 ans. Quand elle a d’abord abordé le sujet avec son médecin traitant, elle a eu droit à un praticien hébété, un peu perdu devant le trouble dont sa patiente disait souffrir. «Je me rendais bien compte qu’il n’était pas outillé pour m’aider.»

Kate a dû prendre de l’aide là où elle a pu trouver, un peu à droite et à gauche, parce que les ressources ne sont pas encore suffisamment développées face à ce trouble alimentaire. Elle m’a entre autre parlé d’outre-mangeurs anonymes, de l’ANEB, de la clinique d’obésité de l’hôpital Sacré-Cœur de Montréal. Elle dit avoir consulté beaucoup de ressources, mais sans jamais trouver un soutien consistant dans l’approche et le temps.  Kate m’a confié que la bouffe, c’était son héroïne. Comme une junkie, sa vie entière tournait autour de ses compulsions. C’était une obsession, et comme quelqu’un qui vit avec une dépendance, elle jonglait avec son besoin du mieux qu’elle le pouvait.

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«Tu planifies ce que tu vas acheter, à quelle heure les enfants vont aller se coucher, où tu vas pouvoir te cacher. Et tu manges, jusqu’à te sentir tellement mal que parfois, t’as de la misère à respirer. C’est non seulement beaucoup de honte et de culpabilité que tu vis, mais une grosse souffrance physique.»

J’ai été très touché par le témoignage de cette jeune mère, aujourd’hui éducatrice spécialisée dans une maison pour femmes violentées. La franchise dont elle a fait preuve m’a permis de saisir la détresse derrière ce trouble alimentaire.

Et ça vient d’où cette souffrance ? D’autant de raisons qu’il y a de gens qui souffrent. Pour certains, ce sera les répercussions après un abus dans l’enfance, pour d’autres, l’absence d’un parent ou bien la conséquence d’un milieu de vie dysfonctionnel. C’est un mal-être, une colère que l’on retourne vers soi-même.

Comme pour l’anorexie et la boulimie, il est primordial d’aborder l’hyperphagie boulimique en thérapie. L’entourage est un outil de taille à ne pas négliger. Par contre, cet entourage peut aussi être toxique et entrer en conflit avec les efforts fait par la personne malade. Pour Kate sa relation amoureuse des dix dernières années a été d’un grand support.

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Kate trouve qu’à ce jour, c’est sa formation d’aidante qui lui a apporté le plus. Elle a d’ailleurs décidé d’aborder ce sujet pour un travail académique. Plus de 25 pages de confidences, un grand plongeon à l’intérieur d’elle-même qui lui a permis d’avancer et de mieux comprendre sa maladie.

J’ai demandé à Kate quel était son plus grand rêve et elle m’a répondu : «Mon plus grand souhait serait de pouvoir ouvrir une maison de répit/traitement pour les troubles alimentaire. Comme pour les toxicomanes. Une place où tu peux laisser tomber ta forteresse et te faire tendre la main.»

Je termine en remerciant Kate de m’avoir ouvert la porte de son intimité et d’avoir osé parler en toute franchise d’un sujet très délicat. Je lui souhaite de continuer dans sa vocation d’aidante et de faire entendre sa voix pour que d’autres personnes qui souffrent ne se sentent plus seules.

Si vous avez besoin d’aide :

ANEB: http://www.anebquebec.com/html/fr/accueil/accueil.html  ou au  1 800 630-0907 (Ligne d’écoute, aide en ligne, conférence, groupe d’entraide, conférence…)

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Clinique St-Amour : www.cliniquestamour.com (région de Québec)

Pour les étudiants, employés et retraités de l’Université de Montréal :  Consultez le Centre de soin et de consultation psychologique au 514-343-6111. Des ateliers ont lieu en février et mars 2013 en plus de leur kiosque d’écoute-référence sur le campus (18 au 21 février). Pour plus de renseignement en ligne : http://www.cscp.umontreal.ca/index.htm

Pour plus de renseignements sur les troubles alimentaires, consultez le document de l’ANEB : http://www.anebquebec.com/pdf/outils/semaine-ta/aneb-guide-semaine-ta.pdf

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