En défense de la romance

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– Collaboration spéciale, Jeanne Corvellec, Éditions Laska

La romance en tant que genre littéraire a bien mauvaise réputation. Il est vrai qu’au niveau formel, elle impose de nombreux codes : fin heureuse, monogamie, prise en compte de l’aspect physique de l’amour… Tout individualiste moderne convaincu criera au formatage, oubliant commodément que jusqu’à l’époque classique, les contraintes et les règles ont nourri la création artistique. Mais c’est sur le contenu de la romance que j’aimerais m’attarder aujourd’hui. La romance, comme le soutiennent certains, véhicule-t-elle une vision stéréotypée et sexiste des rapports homme-femme ?

Étant féministe et éditrice de romance, vous devinez que je veux défendre le contraire. Il me semble de toute façon que lorsqu’une telle critique s’applique à tout un genre, plutôt qu’à des œuvres ou des auteurs particuliers, il s’agit forcément d’une généralisation abusive et d’un préjugé. Mais essayons de voir d’où elle vient…

Prenons l’argument que les héros sont en majorité plus âgés, plus grands et plus riches que les héroïnes. C’est un fait, mais n’est-ce pas aussi le cas de la majorité des vrais couples, pour le meilleur et pour le pire ? Alors qu’on se moque facilement du côté optimiste et fantasmé de la romance, comment lui reprocher en même temps de mettre en scène des réalités vécues et observées dans le monde que nous habitons ? C’est aussi en reproduisant les tendances réelles de notre société que la romance les révèle et les problématise : comment, en tant que femmes, nous débrouillons-nous avec cette inégalité qui s’immisce jusque dans notre intimité ?

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D’un autre côté, insister sur cette majorité statistique nie la diversité effective des couples de romance. Les héros socialement inférieurs aux héroïnes restent légion, les plus jeunes ou moins fortunés donnent lieu à une inversion de la problématique de l’inégalité qui n’est pas, pour autant, le symétrique de son contraire.

Il est évident que certaines œuvres de romance, comme celles de tout autre genre, peuvent receler des aspects sexistes ; mais ceux-ci tiennent à des éléments à la fois bien plus substantiels et subtils que l’âge, la grandeur et l’état des finances des protagonistes… Pour ma part, je traque impitoyablement les relents de sexisme dans les manuscrits que je reçois. Mais ce que je considère comme sexiste vs acceptable le sera-t-il pour toutes et tous ? Le mieux est encore de pouvoir en débattre ouvertement, ce qui implique pour commencer de s’intéresser honnêtement à la romance, et non d’en condamner toutes ses formes d’office.

Un autre point que l’on aurait tort de négliger est que la romance est écrite principalement par des femmes, pour des femmes. À moins de devenir dogmatique et de se mordre la queue, comment le féminisme pourrait-il critiquer cet espace littéraire de liberté et de succès que les femmes se sont construites pour elles-mêmes ? Se reconnaissant comme divertissement, parfois comme fantasme, la romance n’en porte pas moins de multiples voix féminines. La dénigrer n’est-elle pas une façon déguisée de faire taire les femmes une fois de plus, ou du moins de les cantonner à une sorte de ghetto ?

Jeanne Corvellec, Fondatrice Éditions Laska

Pour visitez les Éditions Laska c’est par ici 

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Voici quelques titres qui pourraient vous intéressez:

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Un marquis pour l’an 2000 (Manon Montauran) : Une généalogiste qui élève seule sa fille se retrouve face à un homme qui a l’air en tous points plus jeune qu’elle… Sauf qu’il prétend avoir plus de deux siècles !
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Pour le meilleur et pour le pire (Suzanne Roy) : Après avoir vécu un grand amour dans un décor de rêve, Jennifer a tout plaqué pour rentrer à Montréal, finir ses études et accomplir ses ambitions professionnelles. Huit ans plus tard, son passé frappe à sa porte.
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Les Yeux de tempête (Anne Rossi) : Quand on est capitaine d’un bateau au XVIIIème siècle, mieux vaut taire qu’on est homosexuel. Quand on est bien né et destiné à se marier, en revanche, une expédition en mer est une échappatoire comme une autre…
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Le diable se chausse en Kéram (Marie Laurent) : Lorsqu’un homme très chic et très beau débarque dans son magasin de chaussures, Chloé n’en croit pas ses yeux. Mais que dire lorsqu’il essaie une paire de sandales à talon devant elle !
 
Ces romances seront disponibles entre le 31 janvier et le 28 mars en s’abonnant au site (romancefr.com), et un peu plus tard au détail sur les librairies en ligne. À suivre. 
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Crédit photo : Éditions Laska

3 réflexions sur “En défense de la romance”

  1. Bonjour,
    J’aimerais apporter mon point de vue et mes hypothèses sur l’aspect inégalité sociale que l’on peut trouver dans la plupart des romances. Si, comme vous le pointez du doigt, le héros est parfois socialement inférieur à l’héroine, effectivement on trouve plus souvent le contraire. Cela peut en effet être le reflet de la société décrite dans le roman (récit historique où l’homme titré avait à l’époque plus de liberté pour épouser une femme inférieure à sa condition que l’inverse, ou bien récit contemporain où malheureusement ce qu’on appelle le plafond de verre est encore d’actualité malgré la lente évolution des mentalités…). D’un autre côté, un homme « fortuné », statistiquement, attirera peut-être davantage de lectrices parce que ça va lui donner une auréole, pas forcément d’homme « supérieur » et riche qui paiera à sa promise tout ce qu’elle veut, mais d’homme qui a réussi (c’est tellement plus érotique), qui sait ce qu’il veut ou qui est censé être mieux éduqué que celui qui est pauvre (certes, ce sont des raccourcis faciles, mais l’auteur a parfois besoin de ces raccourcis pour éviter de tartiner des pages sur le fait que non, le héros n’est pas riche ni puissant mais il est bien quand même…). Au contraire, celui qui roule dans une voiture pourrie, qui vit dans un taudis, qui ne met pas tout en oeuvre pour se sortir de ses prblèmes ou avancer, aura hélas l’auréole du « loser » peu attirant pour nombre de lectrices même si là encore il n’y a normalement pas de relation de cause à effet. Les stéréotypes ont la vie dure mais je pense qu’on ne peut pas passer à la trappe les attentes des lectrices qui seront rarement attirées dans la vraie vie par le « pauvre type » qui a des dettes ou le gars qui a une étiquette de « mec à problèmes » (du moins passé l’adolescence, quand le beau torturé perd de son charme à moins de s’appeler Christian Grey, et lui il est riche, donc pas pauvre type). Après, on peut trouver des variantes, le héros n’est pas forcément riche mais il est fort (le flic qui sait prendre des décisions rapides… bref, là encore, tout sauf un loser). Je ne dis pas que dans la vraie vie toutes les lectrices sont attirées par les hommes riches (ce n’est pas mon cas, au contraire j’aurais l’impression certainement fausse d’ailleurs, qu’il est superficiel et qu’il ne m’apportera pas ce que je veux) mais de mémoire, il me semble que c’est vous-même qui avez pointé du doigt cette différence entre les attentes de lecture et les attentes dans la vraie vie et je trouve ça très juste.
    Quant au héros plus jeune que l’héroine, c’est vrai que c’est dommage de trouver rarement ce cas de figure. Peut-être parce qu’à ce jour, en dehors de la pression sociale qui est encore présente, les femmes qui lisent de la romance et qui se mettent à la place du personnage féminin n’ont pas envie d’avoir l’impression de materner le héros, ce qui enlèverait singulièrement du charme et du piquant à la relation. Néanmoins, j’ai trouvé quelques mangas japonais sur des sites de scantrad où l’on commence à lire ce genre d’histoire. Certes, en général, le héros reste quand même plus grand en taille même s’il est plus jeune, par exemple dans les fictions de type school life.
    Pour conclure sur ce pavé, je ne prétends pas tout connaître des attentes des lectrices, étant moi-même une lectrice plutôt occasionnelle de romance, mais ce sont pour l’instant les hypothèses qui me sont venues pour expliquer pourquoi l’héroine est souvent plus jeune et/ou moins fortunée que le héros.

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