Richard III

Richard III

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D’entrée de jeu, quand on va au théâtre, il y a la billetterie. Aux écuries, pour le spectacle Richard III de la compagnie française L’unijambiste, la billettiste nous demandait:  »Combien vaut ta présence? »  À cette question tu restes surpris habituellement, mais, parce qu’à Radio-Canada, ils en avaient parlé minimum 4 fois, eh bien, moi je l’étais pas. J’ai donné ce que je trouvais raisonnable et je suis entrée en me disant:   »Voilà une question juste à formuler. »

Si Richard III a passé les âges comme ça, je me dis qu’il doit y avoir une raison autre que l’ego des acteurs, qui rêvent de jouer de grands rôles dramatiques et qui n’ont pas eu la chance de jouer CE texte-là à l’école de théâtre… Faut le dire, c’est beau Shakespeare! C’est bien écrit en bibitte, mais, disons-le, c’est pas super innovateur. Malgré tout, on continue de s’y attaquer. Mais si c’est efficace, pourquoi pas?

Dans une idée de déconstruction de l’humanité, le metteur en scène David Gauchard a mis sur scène trois alter ego incarnant ce boiteux Richard III. Le guitariste-Richard III (Olivier Mellano) nous transporte à travers sa musique parfois simplement d’ambiance, parfois rock assumé, mais toujours à propos.

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Sur cette scène presque nue, seul les Richard III et quelques rares personnages sont en chair et en os. Parmi eux, deux semi-tech-acteurs qui obéissent aux ordres, tranchent des coups à coup de manettes de Wii et s’amusent à faire le bruitage de certaines scènes. Les personnages de soutien sont projetés, de façon stylisée noir et blanc, créant un effet j’ai un aura de néon, des trous de nez pas de nez et des yeux sans focus. Ils étaient à la fois saisissants et grotesques, ressemblants parfois à des chiens dépersonnifiés. Ils s’armaient d’une langue toujours franche et disons-le, d’un ton classique et quelque peu statique.

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Arrive une dichotomie entre la projection et le live, car Richard III avait une verve moderne, nuancée, tranchante et pleine d’humour, il riait des projections, bien qu’il devait parfois les attendre (pré-enregistrement oblige), coupant le rythme, malgré l’aide du guitariste. Donc j’aimais mieux les moments de tirades où Vincent Mourlon s’adressait au public, tel un dompteur de chiens. S’aidant de ses deux bras secs et tordus, il décrivait à l’avance les tours et prouesses qu’il dirigeait dans l’ombre. Le rappeur (Arm), quant à lui, faisait de trop brèves apparitions pour venir soutenir avec justesse des moments d’intensité.

Il y a dans ce spectacle de nombreuses belles idées bien exploitées, mais (outre la vidéo et la musique) elles ne restent souvent que des esquisses. Par contre, malgré la variété des formes employées, le texte lui, ne perd pas de sa clarté. C’est dans une certaine unicité de ton, un bouillonnement de sons, que nous nous étonnons de tous saisir et, sans que le cerveau se brouille, nous rions des subtilités découvertes. Nous nous laissons transporter par la beauté des mots, si bien que le spectacle pourrait être simplement écouté.

Alors, vous voulez savoir combien j’ai donné? Je le dis, comme ça, bien ouvertement… Ma présence vaut 10$. Oui, c’est pas beaucoup. Mais si je pouvais payer 10$ par spectacle, au lieu de 20, 25$ (et plus), eh bien au lieu d’aller une à deux fois par semaine au théâtre, j’y serais quatre ou cinq fois. Aussi, j’arrêterais sûrement de me dire  »C’est mieux d’être bon », et surtout lorsque j’inviterais des gens à m’accompagner, j’aurais probablement beaucoup moins besoin de vendre ma salade. Je sais, un show vaut pas 10$. C’est déjà pas bien rentable comme ça, mais peut-être qu’une plus grande liberté de création et des salles pleines, ça peut valoir ça? À suivre…

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Texte William Shakespeare/ Traduction André Markowicz/ Réalisation et mise en scène David Gauchard/ Création musicale Olivier Mellano/ Avec Vincent Mourlon, Arm, Olivier Mellano, Emmanuelle Hiron, Nicolas Petisoff, Hélène Lina Bosch et plus une dizaine d’acteurs à l’écran/ Guitare Olivier Mellano Textes et rap Arm (Psykick Lyrikah)/ Vidéo David Moreau/ Effets spéciaux Robert Le Magnifique/ Éclairages Mika Cousin/  Son Klaus Löhmann/ Direction technique Yvon Truffaut/  Costumes Josette Rocheron/ Scénographie Christophe Delaugeas

1 réflexion sur “Richard III”

  1. Je suis allée voir la dernière de ce show Aux Ecuries et j’ai vraiment adoré ! Je n’ai pas trouvé que la vidéo coupait le rythme, au contraire, cela permettait de reprendre son souffle après toute l’intensité que nous transmettait le Richard III – comédien. Merci pour cette critique complète.

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