« Sois toi-même, les autres sont déjà pris » Oscar Wilde

Le sirop de table, communément appelé « sirop de poteau », peut-il prétendre être du vrai sirop d’érable? (Ça fait beaucoup de « sirop » en une phrase!) Il ne leurre que ceux qui n’ont jamais goûté la vraie concoction typiquement nord américaine, ce liquide ambré tout simplement délectable. Comment distinguer le vrai du faux quand on n’y connaît rien? On n’y voit que du feu!

Pardonnez mon prélude un peu fastidieux; je tentais, peut-être en vain, une douce entrée en la matière. J’ai un fantasme de voyageuse, malheureusement inassouvi, que j’aimerais partager avec vous. Sans vouloir paraître mythomane, ce que je ne suis pas, j’ai toujours rêvé de me présenter comme étant une autre personne lors des mes rencontres autour du globe. J’aimerais revêtir une identité d’emprunt, susciter des réactions et voir jusqu’où je pourrais aller dans mon doux mensonge. Malicieuse? Non, plutôt moqueuse! Un défi personnel, ça oui!

« Je m’appellerai Yvan, Manon ou Donald, je parlerai français avec un accent allemand, je serai architecte, avocat, cuisinier, pilote de stock car, pompier ridicule, chirurgien, j’emprunterai le rire de David, mon voisin, hi hi, je serai dur d’oreille ou daltonien, philatéliste, clown argentin, je danserai le tango, je jouerai du bouzouki, attention je serai bruyant, j’aurai un tic, deux tics, trois tics, boum! » (Bruno Blanchet, La frousse autour du monde, 2008)

La première fois que j’ai lu cet extrait de La frousse autour du monde, j’ai eu un déclic, la vérité m’a frappé au visage. Tu pars loin de chez toi, sans rien ni personne pour te remettre à ta place, celle que tu occupes dans notre société quotidienne. Tu rencontres à chaque jour des gens différents venus d’ailleurs qui n’ont pas les mêmes références que toi et qui ne savent pas nécessairement à quoi ressemble une québécoise des environs de Montréal. Comme le sirop de poteau, tu joues un rôle, tu te fais passer pour ce que tu n’es pas, mais on y croit. On y croit, car on ne connait pas les mœurs de toutes les nations. Tu peux inventer que tu habites dans un igloo et certains européens en seront convaincus sans effort. Tu peux dire que tu es mariée, du haut de tes quinze ans, et des orientaux y croiront. Cela demande toutefois une habile adresse et un bon jeu de comédienne. J’aimerais changer de nom, m’approprier des tranches de vie sans queue ni tête, vanter des aptitudes que je n’ai pas, avoir une personnalité extravagante… Seulement pour voir les expressions ahuries et la contenance apparente que la politesse peut produire chez l’interlocuteur.

Peut-être inopportunément, je ne me suis jamais résolue à faire le grand saut, à me dire « ça y est, je m’essaie avec ces gens-là ». Tout ça, car j’ai trop peur que la situation ne tourne au vinaigre, que je ne sache plus quoi répondre à leurs questions sur la biologie marine (ou autre domaine à des kilomètres de ma personne), qu’un québécois se pointe au même moment, que je recroise ces mêmes personnes quelques jours plus tard alors que je suis avec de nouvelles connaissances pensant que je fabrique des souliers, mais surtout… Que je m’attache à eux et que je souhaite les ajouter sur Facebook!

La vérité finit toujours par nous rattraper, non?

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Photo: Andrew Cooper

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