Procès d’un péché copieux

Avez-vous déjà eu une panne en voiture? Et avez-vous alors demandé l’hospitalité à un philanthrope des plus curieux dans son manoir victorien? Est-ce que ce dernier vous a même demandé de participer à un « petit jeu »? J’imagine que non. Enfin, je l’espère pour vous, car tout cela a des échos de films d’horreur à la sauce viol et tralala.

En fait, c’est ce qui est arrivé à Alfredo Traps dans le roman La panne de Friedrich DÜrrennmatt. Cet homme malchanceux, en raison d’un bris technique de la part de sa luxueuse Studebaker (qui, il me semble, était à l’époque le comble du modernisme), doit s’arrêter aux abords d’un village de la campagne allemande. L’hôtel de la place étant complet, il demande refuge chez un certain juge retraité qui accueille souvent les étrangers. De ce fait, le juge invite notre protagoniste à rester pour la nuit, avec la seule condition qu’il joue avec ses amis de longue date à une de leur activité de simulation préférée. C’est donc autour d’un repas aux victuailles abondantes que les invités se divertissent à simuler… un vrai procès. Engourdi par l’alcool et la générosité de son hôte, Alfredo se proposa à être l’accusé… le coupable?

Étant une fanatique des bouquins psychologiques j’ai littéralement dévoré ce petit roman d’à peine 200 pages. Malgré son histoire qui, de prime abord, nous pousse à croire à un bouquin sordide, La Panne nous transporte plutôt dans le sujet brumeux de la moralité. Le procès qui se trame dans cet ouvrage va réellement piquer nos valeurs et mettre en doute notre conception de la culpabilité. Ce n’est pas des farces, j’ai douté de la véracité de mon innocence au fur et à mesure de ma lecture, tellement j’ai été prise par ce tourbillon d’accusations et de suppositions tordues. Il ne faut pas oublier de préciser qu’il est impossible de ne pas avoir faim en lisant les chapitres parsemés de nourriture et de dégustations d’alcool de toutes sortes. Les personnages mangent pendant 200 pages, vous voyez le genre? Puis, ce n’est pas du Kraft Dinner, loin de là, mais bien des mets fins et copieux (menoum).

Pour terminer, l’écriture de Dürrennmatt est fluide et bien calibrée. On a l’impression que l’auteur raconte l’histoire à nos côtés tellement il a le sens de la péripétie et du rebondissement. La fin ne vous laissera pas bien campé dans votre fauteuil. Au contraire, elle vous fera bondir de surprises (ne lisez pas en dessous d’une tablette).

Bref, si vous n’avez pas trop le temps de vous plonger dans un livre épais, mais  que vous avez soif de complexité, de délectations grammaticales et de suspense, je vous conseille fortement La panne de Friedrich Dürrennmatt. 

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Ce que j’ai aimé : Les descriptions culinaires trop alléchantes

Ce que j’ai détesté : De ne savoir que le nom d’un personnage

À voir aussi le film « Le plus beau jour de ma vie », inspiré du livre

1 réflexion sur “Procès d’un péché copieux”

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